La vache et le président
6 décembre 2000
Le but d'un attentat terroriste, c'est de terroriser ; et la
meilleure réaction après un attentat, c'est de faire comme si de rien n'était. Il y a
eu des morts, des blessés, c'était horrible ? si vous voulez que les terroristes ratent
leur coup, ne soyez pas terrorisé, ne vous laissez pas aller à l'émotion, aussi
légitime soit-elle. Pensez que le terrorisme ne fera jamais autant de dégâts que
l'automobile, avec ses milliers de morts et ses centaines de milliers de blessés chaque
année.
Les médias ne nous aident pas à garder notre
sang froid. Quels
débordements d'émotion ! quelles images ! quel vocabulaire révélateur, aussi,
lorsqu'ils parlent d'"attentat spectaculaire". Oui, nous sommes dans la
société du spectacle, et l'on excite notre émotion quand il vaudrait mieux se taire.
Il en est de même pour la viande de bœuf. J'ai fait comme
tout le monde, j'ai arrêté d'en manger quelques jours. Puis je me suis dit : pas de
panique ! Si nous devons être empoisonnés, nous sommes en train d'incuber
tranquillement. J'ai repris du bœuf, et je me suis régalé. Il y aura bientôt plus de
morts parmi les éleveurs ruinés qui se suicident, que par le prion. Parons au plus
pressé, sauvons les éleveurs !
Notre président était-il bien inspiré quand il a fait son
"coup" sur les farines animales ? je n'en suis pas sûr. Il a embarrassé le
gouvernement - la belle affaire ! - mais il a aussi contribué a paniquer les Français.
Il a maintenant d'autres soucis. On parle de le convoquer
chez un juge d'instruction pour l'interroger sur le financement du RPR. Là, pour le coup,
je prends sa défense. Quelle hypocrisie ! tous les partis étaient financés de façon
occulte ; et j'ajouterais, car je l'ai vu faire et donc je le sais en toute certitude :
tous les partis ont fraudé aux élections. Ils l'ont fait de façon plus ou moins habile,
c'est toute la différence.
Même si je n'ai pas voté pour M. Chirac, il ne me plaît
pas que le président de la République soit traîné en justice sous un prétexte
minable. S'il avait commis un vrai crime, à la bonne heure. Il est vrai que nos voisins
allemands nous ont montré l'exemple en traitant Kohl comme un
pestiféré.
Les ambitieux de second ordre qui, à droite, se régalent à
la perspective d'une présidentielle anticipée, m'écœurent.
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