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Qualité de service (suite)
1er février 2005


Pour lire un peu plus :

- Qualité de service
- Qualité du service

-
Sociologie des centres d'appel

Une de mes amies, ayant acheté une résidence secondaire, a téléphoné à EDF et à France Telecom pour prendre des abonnements.

Avec EDF, la conversation a duré cinq minutes. Elle a dû indiquer son nom, son adresse et le numéro de son RIB. On lui a demandé s’il s’agissait d’une résidence principale ou d’une résidence secondaire, puis de décrire son équipement (« Avez-vous un réfrigérateur ? Un congélateur ? Un four électrique ? Un four à micro-ondes ? Quel type de lampe utilisez-vous ? »). L’interlocuteur savait déjà que l’appartement était chauffé au gaz : une seule transaction a permis de souscrire les abonnements au gaz et à l’électricité, même si EDF et GDF sont des entreprises différentes. Le fait que l’adresse de facturation ne soit pas celle du logement n’a posé aucun problème.

Avec France Télécom, la conversation a duré plus d’une demi-heure. Elle a été souvent interrompue par la phrase « vous patientez », suivie d’une petite musique irritante. On a demandé à mon amie sa date et son lieu de naissance : elle a voulu savoir à quoi cela servait, on lui a répondu « à remplir le formulaire ». Aucune question n'a été posée sur l’équipement du logement, l’utilisation de la télécopie, de l’Internet etc. Aucune suggestion concernant le raccordement ADSL ou le téléphone mobile n’a été formulée. Noter une adresse de facturation différente de celle du logement a paru difficile et a pris du temps. Par la suite, et alors que mon amie avait demandé le prélèvement automatique et indiqué son RIB, elle a dû envoyer un chèque pour payer la première facture. Réponse du centre d'appel à ses questions : « Oui, nous avons bien votre RIB, mais cela prend du temps ; le prélèvement automatique ne sera en place que pour la deuxième facture. »

D’un côté, un service souple, complet, rapide, fédérant l’offre de deux entreprises, fourni par une personne qui connaît son métier et dispose d’un système d’information performant. De l’autre, un service lent, maladroit, réduit au seul téléphone fixe, fourni par quelqu’un qui n’a pas été bien formé et que le système d’information outille mal.

*  *

Nous avons besoin, nous autres consommateurs, d’un opérateur capable de répondre simultanément à tous nos besoins – qu’il s’agisse de téléphonie fixe ou mobile, de télécopie, de messagerie écrite ou vocale, d’accès à l’Internet à haut ou bas débit, d'audiovisuel et de musique, de réseau local WiFi ou autre, et que ce soit dans notre résidence principale, notre résidence secondaire ou notre bureau. Nous avons besoin aussi que l’on résolve, ou nous aide à résoudre, les problèmes de paramétrage et de dépannage que pose une installation devenue quelque peu complexe et intégrée.  

J’ignore ce qui s’y oppose. Est-ce l’ART qui, sous prétexte d’encourager la concurrence, empêche l’opérateur de fournir au consommateur le service global dont celui-ci a pourtant besoin ? Est-ce un raisonnement erroné qui, sous prétexte de réduire le coût d'exploitation, incite l'opérateur à négliger la qualité du service rendu au client ?

Certains disent que des dispositions juridiques lui interdisent de fédérer ses diverses offres. Mais alors, comment EDF et GDF ont-elles pu fédérer les leurs ? L’obstacle ne résiderait-il pas plutôt dans une organisation en féodalités qui s’ignorent ou rivalisent ? Ou encore dans une culture d’entreprise qui se focalise sur le réseau et non sur les services que l'on peut rendre sur celui-ci ?

Ou bien l'obstacle se trouve-t-il chez nous, consommateurs ? Notre satisfaction est fonction du rapport qualité / prix des produits que nous consommons. Mais l'évaluation de la qualité est subtile, alors que l'affichage du prix est évident. C'est pourquoi nous nous précipitons vers les offres au plus bas prix, quitte à être ensuite déçus. Nous ne savons pas formuler nos besoins en termes de qualité, alors qu'il nous est facile de réclamer encore et encore des baisses de prix. Si l'obstacle est celui-là, nous ne pourrons recevoir un service de qualité que lorsque nous saurons le demander.