RECHERCHE :
Bienvenue sur le site de Michel VOLLE
Powered by picosearch  


Vous êtes libre de copier, distribuer et/ou modifier les documents de ce site, à la seule condition de citer la source.
 GNU Free Documentation License.

Commentaire sur :

Pierre Musso, Les télécommunications, La Découverte 2008

16 mars 2008

Pour poster un commentaire


Pour lire un peu plus :

- France Telecom, sortir du gouffre
- Les Télécoms en plan
- « Grandeurs et misères de France Telecom »
- Qui a ruiné France Telecom ?
-
Bon vent pour France Telecom !
Ce livre de petit format et au prix modeste, mais imprimé serré, présente de façon claire une somme de connaissances sur le secteur des télécommunications, qu'il met à la disposition d'un large public - et sans doute, en tout premier, des étudiants du premier cycle.

Étrange destin que celui des télécommunications ! Secteur de pointe, jadis aussi innovant que celui de l'informatique mais devenu en quelques années un "fournisseur de tuyaux" à la rentabilité problématique et qui tourne le dos à sa recherche ; dédié naguère à un service unique, la téléphonie, opérant maintenant sur une gamme de protocoles et de débits ; tenté de grimper vers les services à valeur ajoutée mais plombé par ses traditions...

Le pouvoir de décision, d'orientation a glissé de mains en mains :

- Jusqu'à 1974, en France, le ministère des finances domine le ministère des PTT et contraint les capacités de financement de la DGT, d'où le sous-équipement du réseau ; la DGT se concentre sur l'innovation et comme elle maîtrise la R&D, comme elle est le grand acheteur, elle dicte sa loi aux équipementiers ;

- de 1974 à 1985 la DGT décide : ayant le droit de s'endetter, elle équipe le territoire à bride abattue puis lance des projets nouveaux (plan câble, Minitel, RNIS) ;

- après 1985 le pouvoir est pris progressivement par le régulateur : il favorise la concurrence et se place en position d'arbitre. Mais les effets de la concurrence sont ambigus (elle désoriente la R&D et rompt les économies d'échelle et d'envergure, tout en secouant les monopoles et en suscitant des baisses de prix) ;

- à partir de 1995 les banques gagnent en influence : elles encouragent l'endettement qui finance la fuite en avant dans l'investissement quantitatif ainsi que des achats et fusions d'entreprises ; cela aboutira à la crise de 2000.

France Telecom, opérateur historique, se débat pour reconstruire son identité et son positionnement. Les équipementiers sont ceux qui ont le plus souffert après 2000, la crise ayant fait apparaître le suréquipement des réseaux.

*     *

L'économie a subi une rupture vers 1975 avec l'automatisation et l'informatisation. Le besoin d'une adaptation est ressenti, mais sans que l'on dispose d'une analyse de cette "nouvelle économie" que l'on subit sans la comprendre. La raison étant en panne, l'idéologie a pris le dessus et la concurrence est devenue une norme imposée de façon dogmatique. Les événements ont surpris les promoteurs de la dérégulation, ce qui prouve qu'ils avaient marché à l'aveuglette : formation d'oligopoles, priorité accordée aux aspects financiers.

Pour dresser le bilan de cette évolution en termes d'efficacité technique et sociale il faut répondre aux questions suivantes : la R&D est-elle plus féconde ? le service rendu aux utilisateurs est-il de meilleure qualité ? les possibilités techniques nouvelles sont-elles intelligemment utilisées ? les compétences humaines du secteur sont-elles convenablement mobilisées ? a-t-on progressé dans la compréhension des ressorts de cette économie nouvelle ?

C'est en répondant à de telles questions que l'on peut porter un jugement sur les événements passés et sur les actions des divers acteurs, que l'on peut aussi éclairer la prospective.

*     *

Musso met en évidence les résultats négatifs de la dérégulation : marginalisation du service public (entendu au sens de service du public) au bénéfice du secteur financier, retrait des politiques industrielles et d'innovation, le consensus sur les bienfaits de la concurrence aboutissant à la constitution d'un oligopole prédateur alors que les télécommunications devraient être considérées comme un bien public mondial.

Ce n'est cependant pas un livre militant mais un livre de réflexion : il apporte des faits et des structures, indique des proportions, propose un raisonnement. Chacun, en le lisant, pourra forger sa propre opinion.